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IRAN
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Et si l’on prenait le pouls des universités en Iran ? Print E-mail
mardi, 23 mai 2006

Iran Manif – Une étudiante en architecture nous a fait parvenir hier ce mail d’Iran : « Ce matin j’ai voulu prendre le pouls des facs. Je me suis rendue à l’université. Dès mon arrivée, j’ai compris qu’il se passait quelque chose, parce que les contrôles à l’entrée étaient renforcés. Les miliciens et les agents de sécurité avaient doublé, voire triplé. Ils avaient établi un barrage filtrant.

Je suis passée avec une seule remarque sur la couleur marron clair de mon foulard. « Va te faire f… », ai-je répondu dans ma tête à la milicienne qui m’avait lourdement scruter de la tête aux pieds. Mais j’avais du travail, je ne voulais pas prendre le risque d’une dispute.

A la faculté des beaux-arts, dans l’angle sud, il y avait une réunion sur le thème « art et résistance », en présence du ministre des sciences et du président de l’université, le mollah Zandjani. On voyait grouiller tout autour une meute nerveuse de barbus, de voyous et de corbeaux en tchadors noirs, miliciens et agents de sécurité en civil. Je me suis demandé devant qui parlait le ministre et s’il y avait même un seul étudiant dans l’amphi.

J’ai fait demi tour et je suis partie sur le campus. Les étudiants libres avaient profité de cette présence ministérielle pour lancer une action de protestation. Dès 13h00, ils se sont peu à peu rassemblés devant la fac de sciences. Une demie heure plus tard leur groupe s’est ébranlé et ils se sont dirigé vers la cour de la fac et pendant une heure ont lancé des slogans.

Ils ont commencé à huer le mollah parachuté président de l’université, puis tout le régime y est passé. Certains avaient fabriqué des pancartes à la va vite avec toute une panoplie de slogans allant du très classique « libérez les étudiants emprisonnés », au plus subtile « ici c’est une université, pas un monastère », ou carrément l’impossible demandé aux mollahs : « essayez de penser, réglez nos problèmes ».

Inlassablement les étudiants scandaient « président parachuté, démission, démission », ponctués de « A bas la dictature ». le groupe reprenait de la vigueur aux cris de « les étudiants meurent, mais ne se plient pas ». Il y a eu aussi un « Non au mollah bombardé président, non à la bombe atomique ! » qui a eu beaucoup de succès, et une flèche pour les milices : « Non aux groupes fascistes ! Non à une fac fasciste ! »

C’est environ 200 étudiants qui ont continué les protestations en se déplaçant vers la fac de droit. Arrivé devant la porte sud, un barrage imposant des forces de sécurité les ont fait battre en retraite. Alors ils sont repartis au pas de course vers les Beaux-Arts.

Arrivé aux abords de la réunion ministérielle –où ayant certainement manqué de public, tous les agents avaient été réquisitionnés pour occuper les chaises –le groupe s’est mis illico à déchirer les affiches et arracher les pancartes installées en l’honneur du ministre. Chaque pancarte qui tombait à terre était accueillie par des hourras et des sifflements des étudiants qui passaient par là.

L’action n’a pas duré cinq minutes. Le groupe s’est ensuite replié vers la porte ouest où il a entonné « le camarade de classe », ce que nos parents chantaient pendant la révolution de 1979 contre le chah. Le chant a attiré des passants, heureux de voir que l’université bougeait derrière les grilles. Les étudiants et les passants criaient « sécurité on s’en fout, on s’en fout, sécurité on ne veut pas de vous ! » et « sécurité ouvre la porte, sécurité ouvre la prison ! »

Quand la sécurité est arrivée et qu’elle a chargé, les étudiants l’ont huée en criant « bandes de sauvages ! ». Le groupe est parti en courant vers la porte sud, les agents à ses trousses. Les jeunes ont réussi à briser les chaînes et à s’enfuir de la faculté, moi avec. La protestation a pris fin vers 14h45.


 
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