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IRAN
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exécution en décembre

20 en novembre - 255 en 2008

 
Interview avec Saleh Radjavi Print E-mail
mardi, 01 mars 2005
Saleh Radjavi, représentant en Suisse et en France du Conseil national de la résistance iranienne, explique le rôle que peut jouer l'Organisation des moudjahiddin iraniens pour mettre fin à la dictature islamique. Interview avec le journal Le Courrier Suisse paru le 1er mars 2005.

En juin 2003, le juge anti-terroriste français Jean Louis Bruguière mobilise 1500 policiers pour opérer une vaste rafle des militants de l'Organisation des moudjahiddin du peuple d'Iran (OMPI) à Auvers-sur-Oise. Le très médiatique juge Bruguière avait agi de toute évidence sur la base d'informations fournies par les partisans de la coopération avec Téhéran, mais également à partir de sources américaines dont l'origine était Ahmed Chalabi. Tombé depuis en disgrâce (Chalabi avait en effet méthodiquement désinformé le Pentagone sur le dossier des armes de destruction massive), il vient de retirer sa candidature au poste de premier ministre du nouveau Gouvernement irakien en formation. Il est aujourd'hui établi que son allégeance était double: à la fois vis-à-vis de Washington et de Téhéran. Au final, l'affaire d'Auvers aura coûté la vie à plusieurs militants des moujahiddin du peuple qui à Rome, Londres, Paris et Bruxelles n'ont pas hésité à s'immoler par le feu pour protester contre la procédure judiciaire française jugée arbitraire. Depuis, la justice française reste muette sur ce dossier, alors que l'OMPI semble jouer un rôle de plus en plus ambigu dans les plans de l'administration américaine de renversement du régime des mollahs. Entretien avec Saleh Radjavi1, représentant en France et en Suisse du Conseil national de la résistance iranienne.

Quelle place occupe l'Organisation des moudjahiddin du peuple d'Iran au sein de la résistance au pouvoir théocratique?
Saleh Radjavi: Les moudjahidin du peuple d'Iran ont à leur actif quarante années de lutte en faveur de la démocratie contre deux dictatures. Dictature militaire du Shah et dictature intégriste des mollahs, cela au prix du sacrifice de plusieurs dizaines de milliers de ses membres exécutés par la Savak, puis par les Gardiens de la révolution. Ce long martyrologe confère à l'OMPI une véritable légitimité historique et populaire. L'OMPI occupe ainsi une place essentielle au sein du Conseil national de la résistance aux côtés d'autres formations représentatives de l'opposition démocratique en exil. Les liens sont évidemment très forts avec la résistance intérieure, comme le montre notre capacité à mobiliser les masses populaires iraniennes lors de grandes manifestations dont la presse occidentale ne rend pour ainsi dire jamais compte.

De quels moyens humains et matériels disposez-vous à l'extérieur de l'Iran, notamment dans votre base Achraf en Irak?
- La base Achraf abrite quatre mille combattants de l'Armée de libération nationale iranienne. Mais elle n'est que la partie visible de l'iceberg, parce qu'à l'intérieur de l'Iran tout lien avec la résistance est passible de mort. Dans les démocraties occidentales, nous avons encore rassemblé 25 000 manifestants à Bruxelles en septembre dernier, 15 000 à Washington en janvier et des milliers à Berlin; il y a quelques jours, la manifestation de Paris a été brutalement interdite après avoir été autorisée. Ceci donne une bonne indication sur la base populaire de la résistance et sur notre capacité à la mobiliser.

Quelle est à présent la situation de vos militants dans l'Irak occupé par les forces de la coalition?
- Les enquêtes les plus poussées des forces de la coalition au cours des seize derniers mois et les innombrables interrogatoires de militants de la résistance iranienne en Irak n'ont pas permis d'impliquer les moudjahiddin du peuple dans quelque action terroriste que ce soit. En conséquence, la coalition ont dû accepter de leur appliquer le statut de protection prévu par la quatrième Convention de Genève.

L'OMPI est déclarée «organisation terroriste» par l'Union européenne et les Etats-Unis. Cependant, vos représentants pratiquent un lobbying intensif à Washington et Maryam Radjavi, votre belle-soeur, est reçue officiellement par le Parlement européen. Comment expliquer cela?
- Il est maintenant de notoriété publique que les allégations de terrorisme n'ont aucune base réelle et obéissent aux nécessités de la conjoncture politique ou économique, ceci au préjudice des principes démocratiques, des droits de l'homme et de l'intérêt immédiat du peuple iranien. Les termes de la proposition du 21 octobre 2004 de la troïka européenne précisent que «si l'Iran obtempérait [et démantelait son programme nucléaire], nous continuerions d'inscrire l'OMPI sur la liste des organisations terroristes». Une telle déclaration me dispense de tout commentaire! Fort heureusement, un grand nombre d'élus en Europe et aux Etats-Unis se déclarent scandalisés, condamnent ce type de marchandage et soutiennent notre combat pour la liberté.

Pour obtenir l'appui des Gouvernements européens, vous accusez Téhéran de vouloir «exporter l'intégrisme» et «dévorer l'Irak». Croyez-vous vraiment que l'Iran a la capacité de promouvoir «une république islamique en Irak» ou qu'il représente vraiment une menace pour la sécurité de l'Europe?
- La résistance iranienne a toujours apporté des informations précises et documentées sur les agissements des mollahs, dont la véracité a été prouvée dans le domaine nucléaire quant aux violations massives des droits de l'homme en Iran, et sur les dangers relatifs à l'exportation de l'intégrisme islamique dans le monde ou leurs ingérences dans les affaires irakiennes. Par ailleurs, la volonté des mollahs, maintes fois exprimée, notamment au cours des pourparlers avec la troïka européenne, de devenir une puissance régionale - et nucléaire - repose sur un postulat: la nécessité d'étendre leur influence sur l'Irak.

Votre ligne politique est le refus «de tout compromis avec le régime théocratique» et «d'intervention extérieure». Vous prônez «une troisième voie... celle du renversement par le peuple et par la résistance». Mais quelles sont vos chances de parvenir à cet objectif sans soutien de la communauté internationale?
- Cette troisième voie, proposée par notre présidente Maryam Radjavi dans son intervention du 15 décembre dernier au Parlement européen, est la solution la moins coûteuse en terme humain, c'est aussi la plus réaliste. Un sondage d'opinion de l'institut Gallup réalisé en janvier 2003 pour les amis du président Khatami démontre que «94% des Iraniens souhaitent le renversement du régime, par la violence si nécessaire». À partir de là, les partisans de Khatami et tous les soi-disant réformistes ont été écartés. Le régime s'est radicalisé, la répression s'est accentuée, le déclin économique du pays s'est lui accéléré, parce qu'une part significative du PIB est affectée à la politique irakienne et au programme nucléaire civil et militaire. »Je rappelle que, selon les statistiques officielles, plus de 80% de la population vit maintenant au-dessous du seuil de pauvreté dans un pays riche de ressources naturelles. Il faut aussi admettre, même si cela est désagréable, que la survie des mollahs est en partie due à la complaisance de l'Europe et aux rivalités économiques Europe/Etats-Unis. Cependant l'Iran, contrairement à l'Irak avant la chute de Saddam Hussein, possède une opposition bien structurée et un peuple décidé à en finir avec la dictature des mollahs. Il suffirait par conséquent de lever les obstacles qui barrent la route de la résistance pour que celle-ci mette à bas la dictature.

En bref, vous demandez aux Européens de s'aligner sur l'actuelle politique américaine qui surdimensionne la menace iranienne. Mais peut-on croire sérieusement que l'Iran constitue une menace directe pour l'Europe?
- Nous prônons une troisième voie, celle de la résistance, parce que le régime des mollahs menace chaque jour la vie de nos compatriotes. Mais imaginez un instant qu'un pays qui est la métropole de l'intégrisme islamique et un soutien prouvé au terrorisme international soit doté de l'arme nucléaire et devienne une puissance régionale intouchable. Quel sera à ce moment-là son impact sur les masses musulmanes des pays pauvres du tiers et du quart monde et sur les intégristes des cellules dormantes? Avez-vous oublié ce qui s'est passé le 11 mars 2004 à Madrid ou l'assassinat de Theo Van Gogh aux Pays-Bas? Les signes d'intolérance et de fanatisme religieux se multiplient dans le monde occidental, cela n'est pas seulement un phantasme.

En quoi finalement l'OMPI constitue-t-elle un enjeu dans les rapports existants entre la communauté internationale et l'Iran?
- L'OMPI, en tant que principale et opposition structurée aux mollahs, constitue une menace réelle pour la survie du régime. Dans les faits, et malgré leurs dénégations de façade, les ayatollahs sont très conscients de cet état de fait. Cela explique que le premier gage de bonne volonté qu'il exige de ses interlocuteurs avant tout rapprochement ou négociation, notamment sur la question nucléaire et dans ses relations économiques et commerciales, soit la répression des moudjahiddin. C'est dans ce piège que l'administration Clinton est tombée en 1997, puis l'Union européenne en 2001. Pourtant, je suis sûr que le réalisme politique et une claire vision de l'avenir finiront par l'emporter sur des intérêts mercantiles à court terme, pétroliers, gaziers ou autres, face à la menace pour la paix, les valeurs démocratiques et l'équilibre mondial que constitue un Iran placé sous la coupe du fascisme islamique.

Note : 1Son frère, Kazem Radjavi, qui représentait l'Organisation des moudjahiddin du peuple d'Iran à la commission des droits de l'homme de l'ONU à Genève, a été assassiné le 24 avril 1990 à Coppet. Monireh, leur soeur, membre d'Amnesty International a été exécutée en Iran en 1988.
 
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