| Iran. Le pétrole source d’inégalités |
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| lundi, 02 juin 2008 | |
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Le Telegramme.com, 31 mai – par Dominique Bromberger - L’envolée mondiale du prix du pétrole ne profite pas à tous les Iraniens dont le pays est pourtant riche de cette ressource. L’écart se creuse entre ceux qui souffrent des effets de ce dérèglement et les autres, proches du régime, qui profitent de ces recettes grandissantes. Le boulevard de Mir Damad plonge vers le centre de Téhéran entre tours de bureaux et immeubles d’habitation. Ici, toutes les constructions sont récentes et rien ne rappelle ce que fut la capitale impériale des débuts du XX e siècle. Le taxi nous a arrêtés, à la demande de Mariam, ma guide francophone, à l’entrée du centre commercial Ariane. Et, sur ce trottoir, apparaissent aussitôt quelques ravissants démentis à l’idée habituelle de la femme iranienne. Ici, on porte des couleurs vives, parfois des imprimés façon Burberry’s. Depuis quelques années, le très ample manteau noir est remplacé par une vêture plus ajustée qui ne descend plus qu’au-dessous du genou. L’hiver dernier, certaines de ces élégantes, voulant copier jusqu’au bout la mode occidentale, avaient même glissé leur jean (à taille basse évidemment) dans leurs bottes. La police religieuse est intervenue. Ça ne se fait plus. Chirurgie esthétique En se promenant sur le trottoir du centre commercial, un garçon et une fille se tiennent discrètement par la main, prêts à s’écarter l’un de l’autre en cas de danger. Le centre commercial Ariane abrite des boutiques Kenzo, Armani, Cardin mais aussi Zara et Mango. Deux clientes, venues de province, ont un petit pansement sur le nez. Elles seraient là pour un séjour de chirurgie esthétique. Le maquillage est très étudié. À la cafétéria, Fariba s’entretient avec Ali Reza Khâjenya (le seul de ces personnages à avoir bien voulu donner son nom). C’est une femme superbe aux yeux étincelants qui a été journaliste et actrice avant de s’intégrer dans une équipe de réalisation. Ali Reza a tenu un petit rôle dans Majnoun Leili, un film actuellement à l’affiche. Elle tente de lui expliquer qu’il faut savoir refuser certains rôles tout en se plaignant des difficultés de création. Le synopsis du film doit être d’abord soumis au ministère de la Guidance islamique. Puis, le scénario devra aussi passer la censure. Et, il en ira de même pour le film, une fois tourné. Mais, s’il est accepté, il y a toutes les chances pour qu’on lui impose des coupes. Exproprié par la municipalité On sort de cette oasis de luxe et de modernité pour descendre en taxi vers le sud, la partie la plus brûlante, la plus polluée et la plus pauvre de la ville en roulant dans le vacarme effrayant qui est l’un des traits de Téhéran. Là, plus d’immeubles de grande hauteur, mais des maisons de parpaings et de torchis, des ruelles étroites où les caniveaux servent parfois de tout à l’égout. Khosro et Mohamed sont accroupis sur le pas de leur porte. Khosro ne se fait pas prier pour se plaindre de la municipalité. Cela ne fait que quatre années qu’il habite dans ce quartier. Auparavant, il vivait plus au nord, dans un bel immeuble où il était propriétaire de son appartement. Et puis, il a été exproprié par la municipalité. Une autoroute, allait passer par là. L’indemnisation était très inférieure à la valeur de son logement. Quand il est allé se plaindre, le directeur de l’équipement lui a ri au nez. Créer de la misère dans un pays riche Aujourd’hui, il s’estime heureux d’avoir au moins pu acheter, même dans ce mauvais quartier parce que les loyers suivent le prix de la construction et bien des familles doivent réduire leurs rations alimentaires. « Quinze millions de personnes vivent maintenant sous le seuil de pauvreté, affirme Saïd Leylaz, économiste et analyste politique. Les recettes pétrolières ont créé un afflux de liquidités qui provoquent une inflation galopante. Le gouvernement importe des produits de première nécessité pour faire baisser les prix et il met à mal les productions locales. Comme la seule chose qui ne peut pas être importée est le logement, c’est là que la hausse des prix est la plus sensible. Voilà comment on crée de la misère dans un pays riche où seuls les proches du régime font fortune tandis que la classe moyenne disparaît. » |





