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La voiture, signe extérieur de richesse pour la jeunesse dorée de Téhéran Print E-mail
mardi, 03 juin 2008

Iran Manif - Au volant de son coupé BMW flambant neuf, Amir Ashkan vient tous les vendredis après-midi avenue Africa où la jeunesse dorée de Téhéran se retrouve pour exhiber sa voiture étrangère, dont le prix dépasse souvent le salaire d'une vie d'un Iranien moyen.

Montre Rolex, lunettes Gucci, Amir, 28 ans, fait partie de cette population pour qui la voiture est devenue un autre signe extérieur de richesse.

"Il faut profiter de la vie, explique-t-il. Partout dans le monde, avoir une belle voiture est normal. Aux Etats-Unis et en Europe, et même en Russie, certains ont même des avions et des bateaux de loisir, mais ici on fait tout un foin à propos des voitures".

Sa BMW, un coupé série 3, coûte la bagatelle de 950 millions de rials (66.000 euros), qu'il a payés comptant, alors qu'un Iranien moyen gagne entre 200 à 300 euros par mois.
"Bien sûr, je ne prends pas ma voiture pour aller au travail. Ce serait mal vu", admet cet ingénieur du bâtiment.

Depuis quelques années, le pouvoir a autorisé les importations de voiture. Mais pour protéger l'industrie locale, qui produit chaque année plus d'un million de véhicules, seules les voitures haut de gamme peuvent entrer dans le pays. Mercedes Benz, BMW, Lexus, Toyota et autres Nissan ont fait leur apparition sur les routes. L'année dernière, 37.000 voitures étrangères ont été importées dans le pays.

On peut même croiser quelques rares Ferrari et Lamborghini dans les rues de Téhéran.

"Ils ont obtenu une autorisation spéciale et ces voitures leur sont revenues à au moins 400.000 euros", dit Abbas, patron d'un magasin de vente de voitures qui ne veut pas donner donner son nom car "on a assez de problème comme ça".
 
Et d'ajouter que "parmi ces riches, il y a aussi des Aghazadeh" ("fils à papa"), terme utilisé pour désigner les fils de responsables.

Le gouvernement perçoit 100% de taxes sur les modèles importés, qui coûtent ainsi le double de leur prix dans les pays du Golfe. Et contrairement aux autres pays, les Iraniens doivent payer comptant leur voiture.

"Les prix varient entre 400 millions et 3.000 millions de rials (28.000 et 210.000 euros), le modèle le plus cher que nous avons est une Mercedes Benz S350", explique Abbas.
Oubliés les slogans de justice sociale en vogue au début de la Révolution islamique de 1979 que le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad a tenté de remettre sur le tapis.

Aujourd'hui, les riches sont plus riches et les pauvres ont plus de mal à joindre les deux bouts.

Surtout, la culture sociale a changé. Pendant près de 30 ans, il fallait éviter de montrer sa richesse, aujourd'hui c'est tout le contraire avec une nouvelle classe ayant fait fortune grâce à l'envolée des prix de l'immobilier et les importations, qui ont atteint 50 milliards de dollars l'année passé.

"Quand un appartement de 200 m2 coûte dans le nord de Téhéran un million de dollars, il est normal de payer 100.000 dollars pour acheter une voiture", dit Abbas.

Mais la vue de ces belles automobiles fait grincer des dents. "C'est totalement injuste. Un jeune de 20 ans roule dans une voiture de 200.000 dollars alors qu'il n'a même pas gagné 5.000 dollars de toute sa vie", proteste Asghar, modeste employé de banque.

Ces dernières années, l'écart social s'est creusé, provoquant des critiques très dures au sein même du pouvoir.
"Moi aussi je rêve d'avoir une de ces voitures. Mais même si je travaille toute ma vie, je ne pourrai pas en acheter une", dit Mohammad, qui regarde ces jeunes exhiber leurs voitures sur Africa.

Gardien dans un immeuble en construction, il gagne environ 250 euros par mois, alors que son patron roule dans une Mercedes à 220.000 euros, soit l'équivalent de 70 années de son salaire.

"Si au moins, je pouvais m'acheter une voiture d'un petit modèle après cinq ou 10 ans de travail, ce serait plus juste, mais même ça je ne le pourrai pas", dit-il encore.

(AFP)

 
 

 
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