Iran Manif – "Si les murs pouvaient parler", est le récit que fait Mahine Latif, une militante de la liberté en Iran qui a passé cinq longues années dans les prisons des mollahs. Elle parle du sort des femmes dans les mains des bourreaux intégristes, bien avant l'émergence de leur batard, Daech.

En voici un extrait :

« Dès mon arrivée en prison, un homme m’a appelée d’une voix brutale. Il a pris mon tchador et l’a tiré violemment en disant « suis-moi ». Il m’a emmenée au sous-sol. Les yeux bandés je ne pouvais pas voir son visage, mais à la manière dont il parlait et respirait, j’imaginais qu’il était gros. Il a commencé par me frapper sur la tête avec une baïonnette. J’ai protesté. « Tu sais pas où t’es ? Ici c’est Evine, ici c’est moi qui parle, et toi tu dois la fermer, compris ? », m’a-t-il crié en continuant à me frapper.

Quand nous sommes arrivés au sous-sol, les gémissements des suppliciés ne cessaient pas. Les personnes arrêtées le jour-même étaient amenées là. Certaines sous la torture dans des cellules, d’autres attendant leur tour derrière la porte. On m’a mise derrière la porte. « Assieds-toi et attends ton tour », m’a dit l’homme. J’entendais les cris d’une femme et de son bourreau. Un homme dans le couloir recevait des coups de fouet sur les pieds, son bourreau lui criait « T’es sportif, non ? Alors tu dois supporter ça », en frappant plus fort.

Tout près de moi, une jeune femme avait été attachée à une chaise et plusieurs interrogateurs lui donnaient des coups de fouet. Elle criait de toutes ses forces. J’ai su plus tard que j’étais au sous-sol de la section 209.

On m'a emmenée dans une pièce. Un des individus présents ma demandé ma pointure. J'ai répondu "37". En riant, ils ont dit "elles euvent aller jusqu'à 50". Je n'ai pas compris. Ils ont détachée la fille qui avat été torturée avant moi et l'ont jetée par terre. J'ai essayé de la voir mais chaque fois que je bougeais, on me frappait sur la tête. La fille grimaçait et ses pieds saignaient. Avant de m'emmener sur le lit de torture, à ma demande, on m'a donné un verre d'eau, que j'ai bu jusqu'à la dernière goutte, puis ils m'ont forcé à boire une dizaines de verres et en me frappant, ils disaient que c'était obligatoire.

Ils m'ont couchée brutalement sur le sommier, ils m'ont attachée, ils m'ont jeté une couverture sale sur la tête, ils m'ont trempé les pieds dans l'eau, l'un deux s'est assis sur ma tête et deux autres se sont mis à me fouetter les pieds. Ils ont dit : "si t'es décidée à parler, fais un signe de la main", et ils ont continué de me frapper. De temps à autre, je faisais un signe pour que l'homme assis sur moi se relève afin de pouvoir respirer. J'ai essayé de toutes mes forces de me frapper la tête contre le lit pour pouvoir mourir, mais en vain. Pendant la torture le  mollah Guilani (juge religieux) puis Lajevardi, le "boucher d'Evine" sont venus. Lajevardi, (chef de laprison d'Evine) a demandé à mes bourreaux : "vous n'avez pas de problèmes?" Un des interrogateurs a demandé à Guilani avec un sourire: "est-ce que c'est de la torture?" et ils ont ri. Guilani leur a répondu : "non, ce n'est pas de la torture, car vous recherchez la vérité."

Très en colère, j'aurais voulu les tuer, j'ai crié : "La vérité? Ce n'est pas la vérié que vous cherchez". J'ai alors reçu plusieurs coups de fouet, mais je me suis sentie soulagée.

Au bout d'un moment le nombre de tortionnaires a diminué et ceux qui sont restés, fatigués de me torturer, m'ont détachée et m'ont demandé de sauter. Je ne le pouvais pas, alors ils m'ont forcée à le faire. C'était pour dégonfler mes pieds et les préparer aux prochains coups. Pour oublier la douleur, je fredonné des chants de la résistance.

Le soir venu, j'étais fière de voir que, malgré les tortures, aucun prisonnier n'avait cédé. Je  n'avais guère de doutes. Il me restait au maximum une semaine à vivre avant d'être exécutée.»

Mahine Latif vivra longtemps. Assez pour raconter au fil des pages l’enfer qu’elle a vécu à la prison d’Evine en 1981, au lendemain de la révolution quand la dictature religieuse s’installe par une répression féroce pour une quarantaine d’années.

Récit d’hier et d’aujourd’hui se confondent. La sauvagerie est la même, la résistance des prisonniers aussi. Mais à l’époque chaque soir ce sont des centaines d’hommes et de femmes, jeunes et très jeunes, pour la plupart, qui sont fusillés. La Résistance iranienne compte 120.000 martyrs, dont l’immense tribut a été payé par l'OMPI, les Moudjahidine du peuple d’Iran.

Aujourd’hui le régime des mollahs, en pleine déroute, continue à faire preuve d’autant de cruauté, mais cherche surtout à relancer un grand massacre pour vider ses prisons, croyant ainsi repousser sa chute, si évidente, si palpable.

Le récit de Mahine Latif est publié à l’Harmattan, sous le titre « si les murs pouvaient parler, cinq années dans les prisons des mollahs ». Un ouvrage qui salue le courage des résistants, hommes et femmes que rien de destinaient à tant d’horreurs, mais dont le destin a soudain basculé parce qu’ils ont choisi de vivre libres, la tête haute, ils ont refusé de plier à la dictature religieuse. Un flambau repris aujourd'hui par la jeunesse et les femmes en Iran.

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Si les murs pouvaient parler, 64 pages, 10,50€, Ed. L’Harmattan

IRAN 
Avril 2017

26 exécutions

(Janvier: 95 exécutions - Février: 52 exécutions - Mars: 45 exécutions - )

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En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions