Newsmax.com – Par Shahriar Kia - L'accord de 4,8 milliards de dollars entre l'Iran et Total, l'immense major française multinationale du pétrole et de gaz, est devenu très controversé. Compte tenu des sanctions américaines unilatérales et des mesures croissantes contre l'Iran, pourquoi Total a-t-il risqué de signer un tel acord ? 

Il existe une variété de possibilités.

Total développera la phase 11 du champ de pétrole de South Pars de l'Iran, le plus grand au monde, avec une firme d'Etat chinoise et une filiale iranienne. Le projet devrait produire 2 milliards de pieds cubes de gaz par jour, ce qui équivaut à 400 000 barils de pétrole.

Le marché intérieur de l'Iran sera livré en 2021. La première étape devrait coûter 2 milliards de dollars, avec un prix final allant jusqu'à 5 milliards de dollars et la production devrait démarrer dans 40 mois.

Cependant, Washington continue d'imposer des sanctions à Téhéran et la politique globale de l'administration Trump n'a pas encore été définie. Par conséquent, pourquoi Total at-il accepté un tel risque?

Le régime des mollahs a fait de nombreuses concessions dans cet accord, laissant Total croire que le risque méritait d'être couru. L'Iran ne pourra recevoir aucune compensation au cas où Total déciderait d'abandonner le contrat. Il y a dix ans, un accord similaire avait été signé entre l'Iran et la major, se terminant par le retrait de la société française sans paiement de compensation.

Total a probablement aussi reçu des garanties que Téhéran payerait d'éventuelles amendes financières. Enfin, compte tenu du silence observé par Washington au sujet de cet accord, il est possible que les Américains aient donné un feu vert pour la négociation.

Inutile de dire que le secrétaire du Trésor américain Steven Mnuchin a souligné que, indépendamment des politiques adoptées par le Congrès, l'administration Trump continuera sa propre voie de mise en œuvre de sanctions contre l'Iran.

L'ensemble du contrat reste classé et les scénarios décrits ci-dessus demeurent des probabilités. Ce qui reste constant, c'est l'énorme étendue des concessions faites par l'Iran. Soyez-sûrs que toutes ces actions ont reçu l'aval du guide suprême iranien Ali Khamenei en personne.

C'est pour cela qu'il est resté silencieux malgré tous les désaccords au sein du régime. Le Parlement iranien a annulé toutes les discussions à cet égard. Quand il s'agit de questions majeures de politique, Khamenei a le dernier mot, tout comme on dit qu'il a béni l'accord nucléaire en à peine 20 minutes.

Les deux factions du régime iranien ont besoin de lancer un grand brouhaha là-dessus. Les membres de la faction conservatrice de Khamenei se réfèrent aux fautes en tapant sur la faction fidèle au président Hassan Rohani.

Les gardiens de la révolution (pasdaran) sont les principaux concernés à cet égard, car le contrat avec Total ne génère aucun revenu direct. La faction de Rohani cherche aussi à se vanter de son succès, surtout après avoir l'accord nucléaire.

Sur le plan économique, cet accord de 4,8 milliards de dollars ne prévoit que 2,5% des besoins d'investissement de Téhéran. Au cours des cinq prochaines années, l'Iran aura besoin d'investissements d'environ 200 milliards de dollars, selon le ministère du Pétrole. Cette entente prévoit le seul 1/40e du montant.

L'Iran va passer de l'état d'exportateur de pétrole à celui d'importateur de pétrole si environ 150 à 200 milliards de dollars d'investissements étrangers ne sont pas réalisés au cours de la prochaine décennie, selon le Centre de recherche parlementaire iranien.

À titre de comparaison, la récente visite du président américain Donald Trump en Arabie saoudite a donné lieu à des investissements de 380 milliards de dollars, dont 110 milliards de dollars en contrats d'armement. Cependant, ils ne s'en sont jamais vantés alors que l'Iran n'a passé qu'un accord de 5 milliards de dollars.

L'aspect sans précédent et totalement honteux de l'affaire réside dans le fait que Total, une société étrangère, détient 50,1 % du contrat, la Chine 30 % et l'Iran seulement 19,9 %. En conséquence, la gestion de cette énorme ressource gazière, du peuple iranien, sera gérée par une entreprise étrangère.

Selon le Conseil des gardiens, un organisme chargé de superviser les actions du Parlement, ce contrat est considéré comme illégal en vertu de l'article 81 de la Constitution iranienne. Aucun contrat ne doit placer plus de 50 % des actions dans une société étrangère.

Sur la base de l'article 77 de la Constitution iranienne, le parlement doit être informé de tous les contrats étrangers. Il n'y a pas de raison juridique selon laquelle même les députés de ce régime n'ont pas été mis au courant des détails du contrat.

Total n'est même pas obligé de transférer toute technologie à l'Iran à ce jour. Ce n'est que lorsque le champ de gaz commencera à perdre sa production, alors Total sera obligé de fournir à l'Iran sa technologie.

Bien sûr, le développement, la production et d'autres processus prendront un certain nombre d'années - peut-être même 15 ans - et nul ne sait quand l'Iran recevra sa technologie une fois que la production de gaz commencera à baisser.

Et en référence à la revendication de l'Iran sur cet accord signalant que le mur des sanctions s'effondre, ces remarques sont afin de garder la face et de cacher l'échec de l'accord nucléaire à fournir des résultats tangibles.

Le Congrès a repris le travail et le projet de loi sur les sanctions iraniennes est au premier plan. Les États-Unis ont pratiquement détruit le contrat d'armes nucléaires avec l'Iran, selon le Financial Times. 

Les efforts de Washington pour garder l'Iran à distance du système bancaire international ont eu le même effet. Le Groupe d'action financière, un organe intergouvernemental créé pour lutter contre le blanchiment d'argent dans le monde, a mis en garde contre les conséquences de toute transaction avec l'Iran. La FATF a cité neuf pays, dont l'Iran, qui n'ont pas pris de mesures pour s'attaquer au financement du terrorisme et au blanchiment d'argent. 

Le GAFI a pratiquement appelé tous ses membres à travers le monde à prendre des mesures spéciales contre les menaces de coopération économique avec l'Iran. 

Environ 40 pour cent des exportations pétrochimiques iraniennes se dirigent vers Pékin, tandis que quatre banques chinoises refusent d'émettre des lettres de crédit à Téhéran. 

L'Union européenne a renouvelé sa liste iranienne de personnes et d'entités sanctionnées impliquées dans des activités nucléaires et de missiles balistiques. Bien qu'aucun nom n'ait été ajouté, la liste contient de nouvelles informations. Les individus avec des informations renouvelées sur la liste de l'UE comprennent 23 noms tels que: le chef de la Force Qods des pasdaran Qassem Soleimani.L'ancien chef des pasdaran Rahim Safavi. L'ancien chef de la milice du Bassij Mohammad Reza Naqdi. Le vice-ministre de l'Intérieur pour les affaires de sécurité en Iran Mohamed Baqer Zolqadr. L'ancien patron de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique Fereydoun Abbasi. Mohsen Fakhrizadeh, également impliqué dans le programme nucléaire controversé de l'Iran. 

Cette liste comprend également 14 groupes et centres nucléaires et de missiles. Ces sanctions et de nombreuses autres crises qui assaillent l'Iran mettent le pays face à une instabilité politique importante qui menace ces contrats majeurs. 

Lorsque l'administration américaine continue d'évaluer sa politique générale en Iran et que le changement de régime est une possibilité majeure sur la table de la Maison-Blanche, on ne peut pas considérer l'Iran comme un pays politiquement stable .

Le secrétaire de la Défense James Mattis a, lors d'une interview récente, insisté sur l'établissement de relations amicales avec l'Iran fondées sur un changement de régime. Le régime de Téhéran tuent le peuple iranien et sont les plus dangereux au Moyen-Orient, a-t-il ajouté. 

Le secrétaire d'État, Rex Tillerson, a également parlé d'un changement de régime pacifique lors d'une audition du Congrès le mois dernier, soulevant beaucoup d'attention dans le monde entier. En ce moment critique, l'opposition iranienne du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a récemment tenu sa célèbre convention annuelle à Paris avec des centaines de dignitaires et des milliers d'expatriés iraniens des quatre coins du globe. Tous ceux qui y ont assisté, y compris l'ancien maire de New York Rudy Giuliani et l'ancien président de la Chambre Newt Gingrich, considérés comme les émissaires Trump, ont souligné la nécessité d'un changement de régime en Iran. 

Le CNRI étant l'alternative au régime en Iran, a prouvé que le changement de régime est à portée de main. Ainsi, Total et toutes ceux qui envisagent des liens économiques ou politiques avec l'Iran devraient reconsidérer le risque de convoler avec un régime doté d'un avenir fragile.

 

* Shahriar Kia est un dissident iranien et un analyste politique sur l'Iran et le Moyen-Orient. Il est membre de l'opposition iranienne et diplômé de l'Université North Texas.