La Tribune - Les entreprises françaises comptaient profiter du potentiel du marché iranien avec la levée de l'embargo. Mais la situation économique du pays ainsi que les risques géopolitiques et sociaux militent en faveur d'un certain attentisme. Par Gérard Vespierre, fondateur-associé de Strategic Conseils, chercheur associé à la FEMO, Fondation d’Études pour le Moyen-Orient.

Les industriels français sont fort perplexes devant la situation iranienne. Le déficit record de la balance commerciale française exige un accroissement à court terme de nos exportations. Mais quels sont les éléments d'analyse, et quelles sont les perspectives en Iran à court terme... ? Le potentiel du marché iranien est certain, sa solvabilité est une autre question.

Les perspectives économiques iraniennes

Fort d'une population importante de plus de 80 millions d'habitants dont 70% ont moins de 30 ans, le marché potentiel existe. Mais en dehors de ce paramètre, quelles sont les conditions économiques du pays ?

Le taux de croissance 2016 et 2017 a certes connu une hausse par rapport aux années précédentes, atteignant 4,6%. Cette accélération est en fait un rattrapage des très faibles taux de croissance des années précédentes. Elle est liée à la signature de l'accord nucléaire, et à la mise en place du célèbre JCPOA, le « Joint Comprehensive Plan of Action » le Plan d'action conjoint et global, entre l'Iran et les «5+1 », les 5 membres du Conseil de Sécurité, plus l'Allemagne. A cela est venue s'ajouter la hausse d'environ 25% des exportations de pétrole, accompagnée d'une augmentation du prix du baril de 40% en 2018, par rapport à 2015.

Des taux d'intérêt à 18%

Mais les perspectives de croissance sont inférieures pour 2018. Les conditions globales de l'économie iranienne sont en effet assez grises. Le taux de chômage officiel est de 12%, la réalité certainement plus difficile, le situe très probablement entre 15 et 20%. En outre, le taux d'inflation, fortement réduit, de 30 à 10%, l'a été au prix d'une politique classique de taux d'intérêt élevé. Les taux interbancaires autour de 18% freinent l'investissement. Leur diminution, pour participer à la relance de l'économie, réduirait les revenus bancaires, aboutissant à fragiliser encore plus des institutions financières déjà en difficulté.

Des réformes sont donc nécessaires, mais sont-elles possibles ? Le pays ne dispose pas de réelles marges de manœuvre, avec une économie contrôlée à plus de 70%, si on cumule les secteurs dirigés directement par l'Etat, les entreprises gérées par les Gardiens de la Révolution, et l'activité des fondations religieuses. L'économie iranienne manque fondamentalement de souplesse et de réactivité.

A cela s'ajoute des capacités nationales d'investissement, insuffisantes, et une frilosité des investissements extérieurs. Cette dernière est justifiée par le cumul des mesures monétaires et bancaires américaines, le climat créé par les nouvelles sanctions de l'administration américaine contre les Gardiens de la Révolution, et enfin, les soubresauts sociaux-politiques de ces derniers mois.

Les nouvelles positions de politique internationale

Les positions des Etats-Unis, et des principaux pays européens, France, Angleterre et Allemagne, ne sont certes pas identiques, mais sont marquées depuis 6 mois par un raidissement certain vis-à-vis du pouvoir à Téhéran.

D'une part, les Européens, de façon coordonnée, comme on l'a vu dans un communiqué commun, en octobre, au soir de la « décertification » de l'accord nucléaire par le président américain, souhaitent travailler à compléter l'accord de 2015. Il s'agit de travailler sur l'après 2025, sans remettre en cause l'accord en place.

D'autre part, les 3 puissances européennes, et le président Macron n'est pas en reste, se montrent très critiques à la fois sur le programme de missiles, et la présence militaire extérieure de Téhéran, au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen, par l'intermédiaire des Gardiens de la Révolution, de la force Qods et des milices chiites encadrées par Téhéran.

Les conditions économiques intérieures difficiles et contexte international se durcissant, elles créent une augmentation du risque pour les investisseurs commerciaux ou industriels internationaux, poussant les entreprises désirant commercer avec l'Iran à attendre des jours meilleurs.

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IRAN 
Juin 2018

 3 exécutions

(Janvier: 22 exécutions, février: 17 exécutions, mars: 12 exécutions, avril: 33 exécutions, mai: 19 exécutions)

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En 2017 = 544 EXECUTIONS

En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions