"Notre politique iranienne est en cours de développement."

Think Progress - La nouvelle politique américaine à l'égard de l'Iran comprend un changement de régime, selon le secrétaire d'État Rex Tillerson. Tillerson a été interrogé mercredi pour savoir si les États-Unis soutenaient un changement de régime en Iran. Il a répondu par l'affirmative en précisant que la politique des États-Unis reposait sur des «éléments à l'intérieur de l'Iran» pour provoquer une « transition pacifique de ce gouvernement ».

Il a tenu ces propos lors d'une audience sur le budget du Département d'État pour 2018 devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre. Le représentant Ted Poe (R-TX) a demandé à Tillerson de parler de la politique des États-Unis à l'égard de l'Iran, y compris si le gouvernement américain sanctionnerait le Corps des gardiens de la révolution iraniens (pasdaran) et si les États-Unis soutenaient «une philosophie de changement de régime».

"Ils font de mauvaises choses dans le monde, au nom du terrorisme et détruisent les droits humains de nombreuses personnes", a déclaré Poe, en évoquant les pasdaran. «J'aimerais savoir quelle est la politique des États-Unis vis-à-vis de l'Iran. Est-ce que nous soutenons le régime actuel ? Avons-nous une philosophie de changement de régime, un changement de régime pacifique? Il y a des Iraniens en exil partout dans le monde. Certains sont là. Et puis il y a des Iraniens en Iran qui ne soutiennent pas l'Etat totalitaire. La position des États-Unis est-elle donc de laisser les choses telles qu'elles sont ou de mettre en place un changement pacifique à long terme ?"

"Eh bien, notre politique iranienne est en cours de développement", a répondu Tillerson. "Elle n'a pas encore été remise au président, mais je vous dirais que nous reconnaissons bien la présence déstabilisante de l'Iran dans la région, le paiement de combattants étrangers, leur envoi de milciens en Syrie, en Irak, au Yémen, leur soutien auHezbollah. Et nous prenons des mesures pour répondre à l'hégémonie de l'Iran. D'autres mesures de sanctions ont été mises en place contre des particuliers et d'autres personnes."

"Nous examinons continuellement les mérites du point de vue des conséquences diplomatiques mais aussi internationales de la qualification en tant qu'organisation terroriste des gardiens de la révolution iraniens dans leur intégralité ", a-t-il ajouté. "Comme vous le savez, nous l'avons fait pour la [force] Qods. Notre politique à l'égard de l'Iran consiste à repousser cette hégémonie, à contenir sa capacité à développer évidemment des armes nucléaires et à travailler pour soutenir ces éléments à l'intérieur de l'Iran qui conduiraient à une transition pacifique de ce gouvernement. Ces éléments sont là, certainement comme nous le savons."

L'équipe de politique étrangère de Trump est remplie de faucons contre l'Iran, mais Tillerson est le premier responsable de l'administration à défendre le changement de régime dans sa capacité officielle.

Le gouvernement iranien a rapidement condamné les déclarations de Tillerson. Jeudi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Qassemi, a qualifié les propos de Tillerson, « d'interventionniste, en violation flagrante des règles impérieuses du droit international, inacceptables et vivement condamnées ».

Depuis les années 1950, les États-Unis ont essayé de se mêler des affaires iraniennes par différentes stratégies telles que le coup d'État, le changement de régime et l'intervention militaire", a déclaré Qassemi en évoquant la participation des États-Unis au coup d'Etat de 1953 en Iran, baptisée opération AJAX par la CIA. Ces efforts ont tous échoué, a déclaré Qassemi, ajoutant que le nouveau gouvernement américain était «confus» et pourrait être «facilement manipulé par de mauvaises informations».

L'accent de Tillerson sur les armes nucléaires dans ses propos mercredi est à noter, puisqu'il a précédemment reconnu que l'Iran est en pleine conformité avec l'accord nucléaire iranien (tout comme l'Agence internationale de l'énergie atomique).

La semaine dernière, l'Iran a subi une attaque revendiquée par Daech qui a tué au moins 17 personnes et fait des douzaines blessés. La réponse de la Maison Blanche impliquait que l'Iran méritait l'attaque. "Nous nous affligons et prions pour les victimes innocentes des attaques terroristes en Iran et pour les Iraniens qui traversent des moments difficiles", a déclaré le communiqué. "Nous soulignons que les États qui parrainent le risque de terrorisme sont victimes du mal qu'ils favorisent".

Le lendemain, le représentant Dana Rohrabacher (R-CA), un partisan de Trump, a loué l'attaque à Téhéran et suggéré que les États-Unis travaillent avec l'État islamique pour contrer l'Iran.

Jeudi, le Sénat a adopté un projet de loi sur les sanctions en Iran, en dépit de l'avis de l'ancien secrétaire d'État John Kerry selon lequel de nouvelles sanctions pourraient menacer l'accord nucléaire iranien.