Middle-East Online, le 4 avril 2017 - La minorité arabe ahwazi d'Iran est revenue sous les feux des projecteurs après les manifestations anti-gouvernementales de ces deux derniers mois. Bien que les Arabes ne représentent que 2% de la population globale de l'Iran, ils constituent la majorité de la province du Khouzistan, dans le sud-ouest du pays, dont Ahwaz est la capitale.

Des manifestations massives avaient été déclenchées en février à cause des coupures d'électricité, des pénuries d'eau et de la pollution dans la région. Les cortèges scandaient « l'air pur est notre droit, Ahwaz est notre ville » et « A bas la tyrannie ". Le pouvoir avait envoyé des pasdarans depuis le centre de l'Iran pour étouffer les troubles.

Les politiciens ont répondu aux manifestations avec des messages contradictoires. Certains les ont qualifié de « menace nationale » et d'autres ont demandé une amélioration du niveau de vie des habitants.

Depuis le début du mois de mars, les Ahwazis organise chaque vendredi des manifestations sur la situation de l'environnement chaque vendredi.

Les forces de sécurité ont ouvert le feu contre les manifestants à Choush, au nord de la ville d'Ahvaz, tirant sur un homme de 24 ans et le blessant aux jambes avant de l'arrêter. D'autres arrestations ont eu lieu dans la région, au cours desquelles les manifestants ont été condamnés à six ans de prison pour violence présumée.

« Ces manifestations pacifiques servent effectivement de contre-mesure au joug pesant du gouvernement central et de la minimisation du désastre dans les médias officiels iraniens », a déclaré Moussa Zahed, directeur général du Forum pour le développement britannique basé au Moyen-Orient.

« Si le gouvernement considère que, d'une manière ou d'une autre, l'insatisfaction et les préoccupations des habitants du Khouzistan disparaitront avec une répression plus forte, il se trompe gravement », a-t-il déclaré. « Une catastrophe environnementale est imminente, ce qui obligera Téhéran à se préparer face à une montée de ces protestations ».

Les rapports de l'Organisation Mondiale de la Santé ont classé la ville d'Ahvaz comme la ville la plus polluée au monde.

Les rapports indiquent que la région fournit environ 35% de l'eau et de l'électricité de l'Iran et les habitants accusent le drainage des milieux humides de la région d'être à l'origine des pannes d'électricité. Les habitants ont déclaré que l'assèchement des zones humides a provoqué des tempêtes de poussière qui ont grillé les réseaux électriques, provoquant des coupures d'approvisionnement en eau.

Le 2 février, pour la Journée mondiale des zones humides, le coordinateur pour l'Iran du Programme des Nations Unies pour le développement, Gary Lewis, a tweeté : « À mesure que les zones humides s’assèchent, un des problèmes ce sont les tempêtes de sable et de poussière. C'est désormais un problème majeur en Iran ».

L'Iran a préféré accuser l'Irak d’avoir créé le probleme. Massoumeh Ebtekar, responsable de l'Organisation iranienne de la protection de l'environnement, a déclaré que les tempêtes de poussière provenaient du pays voisin et dit que les déserts de Irak s'étendaient davantage. Les manifestants ahwazi exigent la démission de Massouleh Ebtekar.

Depuis l'annexion de la région en 1925, les Ahwazis sont considérés comme des citoyens arabes de deuxième classe et indésirables et sont soumis à un racisme et à une persécution quotidienne et codifiée.