Iran Manif - Les Iraniens étaient venus nombreux ce 29 septembre sur la place de la Bastille à Paris où se tenait une installation originale. Des chaussures et coquelicots plantés dedans: symboles d'une disparition soudaine et du martyre. Les Iraniens franciiliens commémoraient les 30.000 âmes volées cet été 1988 par une fatwa de Khomeiny qui ordonnait d'exterminer les prisonniers politiques, hommes, femmes, adolescents.

Chacun a quelqu'un dans sa famille ou ses amis qui a disparu dans ce massacre. Les témoignages sont bouleversants.

Chekar Mohammad Zadeh, est devenue infirmière en 1981. Elle est très fière de porter cet uniforme. Le 20 juin 1981, une gigantesque manifestation pacifique d’un demi-million de personne envahit les rues de Téhéran. Khomeiny ordonne d’ouvrir le feu. Les blessés sont légions, les hôpitaux débordés. Chekar soigne sans relâche ces jeunes manifestants, en majorité des partisans de l’OMPI. Elle est arrêtée pour cette raison. Au bout d’un an de prison, sa mère a réussi à obtenir une visite. Elle n’a pas reconnu sa fille tant ils l’avaient torturée.  Au bout de 7 ans de prison où Chekar va se démener pour soigner ses compagnes de cellules, on l’emmène à un procès de 5 mn, sans avocat ni témoin. La sinistre commission de la mort. Le juge lui demande si elle est prête à renoncer à la résistance, aux Moudjahidine du peuple. La réponse est franche et nette, c’est « non ». Chekar sera exécutée à l’âge de 32 ans avec une centaine d’autres, ce jour-là, pour avoir soigné des blessés. 

Chahrokh Namdari était ingénieur. Comme beaucoup de défenseurs de la liberté et militant de l’OMPI, il vit dans la clandestinité depuis le 20 juin 1981. Arrêté, il est tellement torturé pendant trois longues années que dans une visite sa mère lui dit qu’il ressemble à un vieillard. Quand sa fille de quatre ans vient le voir à la prison avec des fleurs, les gardes lui donnent la chemise de son père pleine de sang et lui crient : Tu ne verras plus ton père, on l’a tué. »

Mehran Bigham a été arrêté le 20 juin 1981 dans une manifestation à Karadj. Ce jeune est trimbalé de prison en prison, de salle de torture en salle de torture jusqu’à Gohardacht où il va rester trois ans. Il est libéré en 1986. Un mois après, il va signer un acte de présence au poste des pasdaran, et ne rentre plus à la maison. Ses parents remuent ciel et terre. Au bout de quelques semaines ils apprennent qu’il a de nouveau été arrêté et qu’il est encore sous la torture toujours à Gohardacht. En été 1988 les visites sont interrompues. En novembre, en allant à la prison pour obtenir des nouvelles, on leur dit qu’il a été exécuté. Les gardiens ajoutent : « Passez la semaine prochaine on vous donnera son sac mais si vous voulez savoir où est sa tombe ce sera 150.000 tomans. » Les parents refusent le racket. Aucune famille ne sait où sont enterrés leurs proches. Quand sa mère est venue chercher le sac de son fils, ils avaient mis dedans la corde qui l’avait pendu.