12 avril 2012 - DIPLOMAT & INTERNATIONAL CANADA - Le camp d'Achraf a été créé dans un désert irakien par plusieurs milliers d'Iraniens, qui ont fui en 1980 la terreur déchaînée à leur encontre à travers l'Iran par l'ayatollah Khomeini. Les sympathisants de l'Organisation des Moudjahidine du Peuple d'Iran (OMPI), fondée dans les années 1960 par des étudiants universitaires de gauche, se sont activement opposés aux régimes du chah et des religieux, ayant parfois recours eux-mêmes à la violence. Des dizaines de milliers parmi eux ont été exécutés par le régime de Khomeini lorsqu'il s'est emparé du pouvoir en 1979. En 1986, Paris a expulsé ceux qui avaient cherché asile en France afin d'obtenir la libération de quelques soldats français capturés par des agents de Téhéran au Liban. Seul le régime de Saddam Hussein voulait les accepter, de manière à ce qu'ils sont allés à contrecœur en Irak. L'OMPI a tenu Saddam à distance et est resté neutre durant l'invasion de l'Irak en 2003.

Suite à l'attaque des forces de la coalition, tous les résidents d'Achraf se sont volontairement désarmés et ont été déclarés « personnes protégées » en vertu de la Quatrième Convention de Genève à la demande du gouvernement américain. Ils ont été par la suite protégés par les soldats américains. La sécurité de leur personne a toutefois volé en éclats lorsque les États-Unis ont remis en 2009 leur protection en vertu de la Convention au gouvernement lourdement influencé par Téhéran de Nouri al-Maliki. Ignorant les obligations du successeur en vertu du droit international, ses forces ont depuis attaqué le camp par deux fois, tuant 47 hommes et femmes sans armes et blessant plus d'un millier.

Les Canadiens d'Achraf
Fin 2011, j'ai rencontré à Ottawa neuf citoyens canadiens d'origine iranienne qui étaient d'anciens résidents d'Achraf. Malgré la menace grandissante contre leur propre vie tandis que Maliki menacé de détruire le camp avant la fin 2011, ils étaient tous peu disposés à laisser les 3400 autres réfugiés derrière eux. Ils ont souligné que les autres n'avaient pas d'autre pays qui les acceptera actuellement, et seraient sans doute aucun tous tués s'ils retournaient à Téhéran.
Ils ont été rassurés lorsque la sous-commission sur les droits de l'homme internationaux formée de tous les partis de la Chambre des Communes du Canada a voté à l'unanimité , fin 2011, une motion appelant l'Irak à autoriser des observateurs internationaux à Achraf et à prolonger l'échéance, et demandant au gouvernement du Canada de faire pression en faveur d'une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU pour installer une force protectrice à Achraf.
Elham Zanjani, a quitté sa maison et ses études universitaires à Toronto pour aller à Achraf en 1999 à l'âge de 20 ans. Selon ses propres termes, elle a été blessée dans une attaque en avril 2011 : « Lorsqu'un soldat irakien a lancé une grenade sur moi. Le jour précédant l'attaque, l'ambassade américaine à Bagdad nous a dit que les forces irakiennes allaient lancer une opération. Malgré nos supplications au commandant des forces américaines de rester, son unité avait reçu l'ordre de sortir du camp. Cela nous a laissé complètement sans défense face à une attaque massive des forces irakiennes. »
Tandis que 2011 se terminait, Maliki a écrit : « J'aimerais voir cette question complexe (Achraf) résolue pacifiquement et avec l'aide des Nations Unies. Les résidents du camp sont classés comme une organisation terroriste par plusieurs pays et par conséquent n'ont pas de base légale pour rester. » Malheureusement, ses paroles sont creuses. Quatre jours avant le second massacre à Achraf, il avait assuré aux diplomates américains à Bagdad qu'il n'attaquerait pas le camp.
Le rôle de l'ONU
Depuis, Maliki a accepté, sous la pression internationale, de ne pas attaquer Achraf pour une prochaine période, bien que sa durée ne soit pas claire. Offrir d'accueillir un certain nombre de résidents au Canada peut encourager d'autres pays à présenter une offre similaire, assurant ainsi assez de pressions internationales afin d'obtenir suffisamment de temps pour que le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l'ONU puissent procéder à l'examen des tous les demandeurs d'asile.
En 1997, dans un geste de bonne volonté à l'égard du nouveau gouvernement Khatami à Téhéran, l'administration Clinton avait ajouté l'OMPI à la liste des organisations terroristes du Département d'État américain. Paul Martin, en sa qualité de Premier Ministre, avait interdit l'OMPI au Canada en 2005 ; le gouvernement Harper a récemment prolongé l'interdiction pour deux autres années. En Europe, pendant ce temps, sept cours ont jugé une désignation pareille « perverse » et l'ont supprimée de tous les 27 gouvernements de l'Union Européenne. Malgré la décision de la cour d'appel fédérale américaine en juillet 2010 ordonnant que la désignation soit réexaminée, le Département d'État américain n'a pas encore rendu sa décision.
Le Colonel Gary Morsch, qui a servi comme chirurgien américain de bataillon à Achraf, a déclaré lors d'une audience au Congrès en juillet dernier : « Il n'y a eu aucune découverte de nulle activité terroriste, d'activité illégale, de coercition des membres [de l'OMPI], d'armes cachées, ni de preuve qu'[ils] ne remplissaient pas leur engagement avec l'armée américaine d'entièrement coopérer et de soutenir [nos] objectifs en Irak. »
« Les [résidents] étaient venus à Achraf pour travailler volontairement avec l'[OMPI] pour instaurer un Iran libre et démocratique. C'était avec une grande tristesse que j'assistais à l'abandon des résidents du camp d'Achraf par le même gouvernement qui m'avait demandé de risquer ma vie pour [les] défendre. »
Camp Liberty
Fin janvier 2012, un comité de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe (PACE) a appelé le gouvernement irakien à ne pas transformer une ancienne base américaine, camp Liberty, où près de 400 résidents d'Achraf avaient été à ce moment transférés, en une prison. Et il a appelé le HCR à mettre fin au long délai dans la détermination du statut de réfugié de tous les résidents. La PACE a fait remarqué que les conditions de vie dans le nouvel endroit sont bien moins supportables que celles originellement promises. La liberté de mouvement est niée, il y a de plus en plus de restrictions pour les résidents.
D'autres font remarquer que Maliki revient dores et déjà sur son accord signé. Le camp Liberty ne dispose pas d'eau courante, ni d'électricité, ni d'infrastructure ; la surface allouée est tombée de 40 km² à un km². Des murs en béton sont érigés. Les résidents qui ont été forcés d'aller là-bas le 17 février se sentent naturellement trahis par le chef de la Mission d'Assistance de l'ONU en Irak qui avait déclaré que le camp respectait « les normes humanitaires » ainsi que par l'administration Obama qui accepte cela.
L'Organisation des Nations Unies dans son ensemble s'est montrée déplorablement faible jusqu'ici en s'occupant de la sûreté personnelle et des questions de dignité impliquant les résidents d'Achraf. Davantage de « responsabilité de protéger » et de respect pour les déclarations et les objectifs fondateurs de l'ONU sont clairement requis de la part de l'ONU, de son Conseil de Sécurité et de la communauté internationale dans l'ensemble si l'on veut freiner avec succès les pires instincts du gouvernement à Bagdad.
La crainte continue de la plupart d'entre nous est que le camp Liberty se transforme en un camp de concentration pour détenir les membres du mouvement d'opposition iranien sans doute le plus important avant qu'ils soient massacrés ou renvoyés enchaînés aux mollahs.
David Kilgour, ancien député d'Alberta, est co-président des Amis Canadiens d'un Iran Démocratique, universitaire du Centre Universitaire Queen pour les Études sur la Démocratie, et directeur du Conseil pour une Communauté de Démocraties basé à Washington.
http://diplomatonline.com/mag/2012/04/preventing-a-slaughter-of-refugees/

IRAN 
Mars 2017

42 exécutions

(Janvier: 95 exécutions - Février: 52 exécutions)

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En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions