Iran: la Russie perd patience mais refuse les sanctions unilatérales
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Iran Manif - La Russie, qui fait montre d'une irritation croissante face à l'entêtement de Téhéran sur son programme nucléaire, a cependant dénoncé mardi les nouvelles sanctions unilatérales de l'UE contre un pays qui reste pour elle un important partenaire commercial. "Nous jugeons inacceptable l'utilisation de sanctions unilatérales ou collectives hors du cadre du régime de sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU", a déclaré mardi le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.
Moscou, qui construit la première centrale nucléaire iranienne à Bouchehr (sud), a soutenu et voté début juin une proposition américaine de nouvelles sanctions à l'ONU contre l'Iran. Ce pays est soupçonné de chercher à se doter de la bombe nucléaire sous couvert d'un programme civil.
Mais depuis la Russie a protesté contre toutes les sanctions supplémentaires approuvées par les Occidentaux, qui pourraient toucher ses entreprises travaillant en Iran.
L'Europe et le Canada ont adopté lundi des sanctions d'une ampleur sans précédent pour pousser Téhéran à reprendre les négociations sur son programme nucléaire.
L'UE a ainsi interdit à compter de mardi tout nouvel investissement, toute assistance technique ou transferts de technologies, notamment pour le raffinage du brut et la liquéfaction de gaz.
"Les sanctions approuvées par l'UE ainsi qu'une série de mesures restrictives adoptées auparavant par les Etats-Unis vont beaucoup plus loin que les objectifs de non-prolifération", a déclaré la diplomatie russe.
Ces sanctions "montrent un mépris des principes de travail commun", a ajouté Moscou.
La Russie insiste par ailleurs sur le fait que la législation de l'UE et des Etats-Unis ne doit pas être "étendue" à des pays tiers ni utilisée contre des compagnies des pays qui respectent par ailleurs les résolutions de l'ONU.
Plusieurs groupes énergétiques russes ont en effet signé des contrats importants avec l'Iran mais la plupart des projets sont en suspens en raison des sanctions internationales.
Le deuxième producteur pétrolier russe, Loukoïl, a dû notamment abandonner cette année son projet sur le champ pétrolier iranien d'Anaran, en raison d’une perte exceptionnelle due aux sanctions américaines.
Quant à la centrale nucléaire de Bouchehr que la Russie construit depuis 1994, le chef de l'agence atomique russe Rosatom Sergueï Kirienko a réaffirmé mardi que Moscou préparait sa mise en service à la fin de l'été 2010.
"Bouchehr est un dossier sensible même s'il n'a pas de lien direct avec le programme nucléaire iranien. Ce serait fou d'y renoncer après tout le temps et l'argent dépensés", souligne l'analyste russe Fedor Loukianov. Mais Rosatom risque ainsi de se retrouver "sous le coup de sanctions européennes ou américaines", souligne-t-il.
En même temps, la Russie qui a traditionnellement soutenu l'Iran dans son bras de fer avec les Occidentaux "en a assez de l'attitude de son président Mahmoud Ahmadinejad", souligne M. Loukianov.
Le 12 juillet, le président russe Dmitri Medvedev a déclaré que l'Iran était "proche d'avoir le potentiel" pour créer "une arme nucléaire", exprimant pour la première fois des craintes de manière aussi claire sur l'évolution du programme nucléaire iranien.
Le président Ahmadinejad l'a accusé samedi d'être devenu "le porte-parole" des "ennemis" de l'Iran, notamment des Etats-Unis. Moscou l'a accusé en retour de se livrer à une "rhétorique stérile et irresponsable".
"La Russie souffle le chaud et le froid à l'égard de l'Iran", souligne Maria Lipman, analyste du centre Carnegie à Moscou, selon laquelle "Ahmadinejad joue sur les divergences au sein des élites russes".
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